Le lendemain.
Ayame et Damien, les jumeaux Isuzu, arrivèrent devant la porte de l'appartement de Sady. Aya appuyasur la sonnette, mais personne ne vint. Elle refit la même chose deux fois encore, rien... aucun son... Damien finit par s'impatienter et se mit à cogner bruyamment sur la porte.
-'' Damien, arrête... Imagine si un des voisins venaient se plaindre du bruit ! '' Dit doucement Ayame avec un sourire aux pointes moqueuses.
Pour toute réponse, Damien haussa ses larges épaules, cessa de frapper la porte et se mit à hurler à Sady de venir ouvrir.
-'' Crois-tu vraiment que c'est mieux '' Lui demanda-t-elle en riant.
Damien ne fit pas attention à cette remarque et continua. Ayame regarda l'heure sur sa petite montre rose et fouilla dans son sac à main noir à motif de crânes roses. Après quelques minutes de recherche, triomphante, elle sortit une clé.
-'' Quoi !? Depuis tout ce temps, tu as un double de la clé et tu n'as rien dit ! En plus, tu me laisses avoir l'air fou, alors que tu aurais très bien pu débarrer cette porte ! '' Hurla Damien frustré, pendant que sa jumelle ouvrait la porte en riant de lui.
À peine eut-elle posé un pied dans le logement, que Loli, la chatte rousse et blanche de Sady et Damien, vint se frôler sur sa jambe. Ayame la prit dans ses bras, la caressa et referma la porte, puisque Damien était directement aller à la cuisine. Elle déposa Loli au sol, traversa le petit couloir bleu et rejoignit son frère. Les rayons du soleil provenant d'une grande fenêtre située au-dessus du comptoir, illuminait la pièce ce qui la rendait chaleureuse. Damien regardait dehors, l'air pensif. Le soleil caressait ses cheveux de jais qui par leur couleur contrastaient avec sa peau pâle comme la marguerite, son regard aussi profond que l'océan fixait l'horizon cachée par d'énormes bâtisses.
Après quelques minutes silencieuses, Ayame quitta la pièce, laissant Damien seul avec ses réflexions. Soudain, un cri de terreur suivi d'appels à l'aide provenant de sa soeur le tirèrent de ses pensées.
-'' Aya... Arrête de crier pour rien, ce n'est qu'une araignée, comme toujours... '' Dit-il par habitude, en sortant de la cuisine.
Il alla dans la salle de bains, croyant y trouver sa soeur mais, n'y trouva que quelques taches de sang séché. Il remarqua une traînée de sang sur le sol. Il la suivit et arriva devant la porte entrabaîllée de l'atelier, qu'il poussa lentement... Le jeune homme ne put retenir un cri de surprise mélangé à de la terreur. Stupéfait, il ne pouvait faire autrement que de rester là. Tous ses muscles étaient crispés, ses yeux écarquillés fixaient la scène qui s'offrait à lui. Damien tentait de comprendre, mais aucune de ses explications ne lui convenaient. Il tenta alors de demander à celle qui se tenait devant lui, mais rien ne sortit de sa bouche tremblante. Une larme naquit et se glissa le long de sa douce joue. Devant lui, se trouvait une grande salle noire et blanche, éclairée par une faible lumière rouge se mêlant aux rares rayons du soleil qui se faufilaient du store fermé. Au milieu de la pièce ensanglanté, Ayame agenouillée aux côtés du cadavre d'une jeune femme rousse. Ayame tourna la tête vers son frère, de longues mèches de ses cheveux noirs tombaient devant son visage en pleurs. Des larmes ruisselaient de ses grands yeux bleus pâles gonflés et rougis par la tristesse. Elle passa sa main aux longs doigts manucurés dans ses cheveux pour se dégager le visage, caressa doucement avec tendresse la joue de la défunte, puis se leva péniblement. Elle regarda le corps inerte de son amie, puis se jeta dans les bras de son frère. La tête appuyée sur l'épaule réconfortante de Damien, Ayame sanglota et murmura desparoles emplies de détresse. Ne sachant pas quoi faire, il se contenta de fermer les yeux pour ne plus voir le spectacle, qui malgré tout, persistait dans sa tête. Il serra sa soeur contre lui, lui caressa les cheveux pour la calmer et lui disait que tout irait bien.
Quelques minutes passèrent ainsi, puis la jeune femme se décolla de son frère, leva les yeux vers lui, cherchant à croiser son regard... ce qui n'arriva pas, puisqu'il avait les yeux clos.
-'' Damien... Sady... elle... elle... elle est morte...! '' Dit lentement Ayame qui n'osait y croire alors qu'elle en avait la preuve.
-'' Je sais Aya... je sais... '' Répondit-il tristement en osant ouvrir de nouveau les yeux et ainsi faire face à la dure réalité.
-'' Pourquoi elle !? Pourquoi pas moi !? Pourquoi elle est morte !? '' Dit Ayame en pleurant de plus en plus ''Elle n'avait pas le droit de mourir ! Elle devait vivre ! J'ai besoin d'elle ! Pourquoi Damien ! Pourquoi...?! '' Se mit-elle à crier en pleurant et martelant le torse musclé de son frère.
Damien ne savait pas quoi lui répondre, puisque sa tête semblait manquer à l'appel depuis qu'il avait poussé cette porte. Sa soeur le frappait, mais il ne sentait rien, puisqu'Ayame n'est pas très forte contrairement à lui et que la douleur était infime comparée à celle qui lui déchirait le coeur. Il aurait préféré être torturé à mort plutôt que de vivre cet instant où il trouva celle qui occupait ses pensées nuits et jours, sans vie. Ayame cessa de le frapper, leva les yeux et croisa le regard empli de tristesse de son frère. Elle vit même une larme aventureuse se glisser hors de l'oeil pour tranquillement descendre le long de son pâle visage. Ce fut la première fois, depuis des années, que la jeune femme le vit pleurer, lui haituellement, si neutre qu'il en a presque l'air indifférent. Seule Sady, depuis toujours, réussissait à lui enlever ce masque sans sentiments. Un instant, elle approcha sa main du visage de son frère pour y effacer cette larme solitaire, preuve de la peine d'un amour perdu à jamais, mais elle se ravisa... puisque la tristesse restera et qu'il vaut mieux la vivre pleinement pour passer à autres choses. Un court moment se passa ainsi, dans un silence larmoyant...
-'' Il vaudrait mieux avertir la police... '' Dit Damien sur un ton faussement neutre, tout en évitant de regarder le cadavre et sa soeur.
-'' Tu as raison... Je vais aller appeler... '' Dit Ayame en se dirigeant tristement vers la porte.
Il regarda sa soeur sortir du coin de l'oeil, puis lorsqu'il fut seul avec celle qi avait été sa bien-aimée depuis trois ans, jours pour jours, un profond sentiment de solitude et de désespoir l'empoigna. Le jeune homme avança timidement de deux pas vers Sady,la contempla quelques instants, se remémorant tous les bons moment passés avec elle. Il voulut s'approcher encore un peu, mais un étrange sentiment de haut-le-coeur ainsi qu'une multitude de frissons s'emparèrent de lui. Le temps semblait avoir perdu son emprise sur cette pièce qui jadis fut un atelier de création euphorique, maintenant transformé en théâtre tragédien. Une main aux longs doigts fins se posa sur son épaule, ce qui le fit sursauter. Lentement, il tourna la tête pour s'apercevoir que cette main était celle de sa soeur.
-'' Viens Damien, la police va arriver... Allons les attendre dans le salon... '' Dit-elle doucement en lui prenant la main pour l'y amener.
Elle tira son bras, mais il restait là, immobile, la tête basse, fixant le sol. Alors, elle s'approcha de lui et le serra silencieusement dans ses bras pour lui faire comprendre qu'elle était là pour lui. Quant à lui, Damien n'eut aucune réaction face à cette attention affectueuse. Son esprit était préoccupé, il ne cessait de penser aux fabuleux souvenirs des instants passés aux côtés de la jeune rousse, ainsi qu'à la sinistre découverte qu'il venait de faire.
-'' Dam... vient... ça ne sert à rien de rester ici... Allons au salon... '' Dit-elle en continuant de pleurer.
Ayame le reprit par la main et le traîna au salon. Cette fois-ci, il la suivit à contrecoeur, mais il savait qu'elle avait raison. Rendus au salon, ils s'assirent chacun dans un petit fauteuil zébré. La jeune femme pleurait à chaudes larmes et ne cessait de se demander pourquoi ou de se dire qu'elle aurait dûe être plus présente pour son amie. Son frère était penché, coudes en appui sur ses genoux, la tête cachée dans ses mains, il se sentait perdu et ne voulait pas accepter la vérité. Il lui semblait voir Sady arriver au salon, vêtue de sa robe de chambre en satin noir, un peu décoiffée mais toujours aussi radieuse, souriante avec un café à la main. Elle s'approcherait de lui, déposerait ses lèvres si fruitées sur les siennes avec tendresse puis lui demanderait comment c'était passé sa soirée avec sa soeur. À cette pensée, un sentiment de culpabilité naquit en lui. En effet, la veille, il avait passé toute la soirée avec Aya à chercher une bague spéciale pour sa tendre moitié et avait dormi chez elle, puisqu'il avait perdu ses clés durant la soirée et n'avait pas voulu réveiller sa douce si tard.
Les minutes s'écoulèrent silencieusement, longues comme l'éternité, puis on cogna à la porte. Ayame se leva la première, Damien l'imita et tous deux allèrent ouvrir. Deux grands policiers de carrure qui n'a rien à envier à celles des joueurs de football se tenaient devant eux et bouchaient complètement la porte. Ils se présentèrent, afin d'officialiser le fait évident qu'ils étaient de la police, puis les jumeaux les firent entrer. Tous les quatre se dirigèrent vers la cuisine, Damien en tête, suivi de sa soeur puis des deux autres. Ils s'installèrent autour de la grande table ronde qui trônait la pièce. Ensuite, Damien commença à raconter les derniers évènements... comment lui et sa jumelle avaient découverts le cadavre de son amoureuse.
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